des médiathèques dans le tourbillon covid19

Il s’en est passé, du temps. Une nouvelle collectivité et une pandémie plus tard, me voilà de nouveau. Constante : médiathèque de quartier dans un réseau municipal de lecture publique, situé dans une grande ville de banlieue parisienne. Ici, les projets sont autres, les urgences aussi ; mais le quotidien n’est pas bien différent. Bibliothécaire jeunesse, les accueils de collectivités, les bébés lecteurs et heures du conte toujours tu organiseras. Comment planifier du convivial avec des normes sanitaires ? 

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Il paraît qu’il ne faut pas trop s’inquiéter – ce n’est pas mon naturel et, d’ailleurs, je ne perçois pas de honte à m’inquiéter en plein milieu d’une pandémie et d’une observation plus certaine que jamais du réchauffement climatique, dans une société qui ne cache plus sa violence, son agressivité et ses tentations autoritaires. 

En avril 2020, librairies et bibliothèques découvraient, dans un discours d’Edouard Philippe alors Premier ministre, que leur réouverture était primordiale pour la société. C’était peut-être flatteur. En lecture publique, depuis des années, nous observons les conséquences des économies faites sur le dos du service public. Des reclassements, de plus en plus fréquents, en lieu et place de recrutements professionnels. Le recours au bénévolat, comme si ce métier consistait simplement à garder des livres. Des budgets en baisse, comme partout, et des missions confiées, sans plan de formation national, pour éponger le désengagement de l’Etat. Le virage du numérique ? Possible grâce à vos médiathèques ! Les professionnels sont-ils formés ? Ont-ils le matériel adéquat ? Peu importe ! Ils le feront, comme font toujours ceux qui entrent dans un métier avec passion : bricolage, bouts de ficelles, “de notre mieux”. 

S’agissant des activités culturelles, parce qu’ils peuvent fonctionner plus facilement en respectant les règles sanitaires, les médiathèques, les bibliothèques et petits musées, si importants pour la vie culturelle de nos territoires, pourront rouvrir leurs portes dès le 11 mai.

Edouard Philippe, Discours de présentation de la stratégie nationale de déconfinement à l’Assemblée nationale, 28 avril 2020

“Le mieux” n’est pas toujours satisfaisant, mais, le quotidien aidant, le nez dans le guidon, on continue, on fonce, on programme des ateliers, avec le sourire, parfois avec du thé, on arrange nos collections, on commande des documents avec amour et sens du devoir. On fait de notre mieux. En outre, ce « mieux » numérique est parfois dévolu non à des titulaires mais à des services civiques. Cela pose, encore une fois, la question de la professionnalisation d’un métier.

La crise, qui n’est pas encore passée, remet tout en question. En rouvrant en mai et juin 2020, en suivant un plan de plusieurs phases mis en place par le ministère et les associations professionnelles, la plupart des bibliothèques de lecture publique ont rouvert selon différentes modalités. Toutes ont enlevé leurs tables, assises. Les ordinateurs n’étaient plus accessibles. Il fallait compter les usagers dans le lieu, s’assurer qu’ils ne restaient pas trop longtemps. Se souvenir qu’il a fallu chasser des usagers qui voulaient lire dans une médiathèque, n’est-ce pas un peu triste…  

Des budgets ont été coupés, récupérés par la tutelle pour la lutte contre le covid. Ce n’est pas grave, ce n’est pas comme si le printemps avait été aussi actif que prévu. Pendant l’été, il a fallu ruser et développer des actions hors les murs ; de toute façon, l’intérieur des murs semblait, alors, dangereux. Quand vient la fin de l’été, il faut reprendre, parfois comme si de rien n’était. Prévoir des protocoles sanitaires pour recevoir des classes, visiter des crèches, accueillir du public. Remettre des tables, des fauteuils, en petite quantité, mais quand même, et arbitrer que les personnes qui s’y installent gardent correctement le masque sur leur visage, soient suffisamment à distance. 

C’est un étrange monde, qui remet en question jusqu’à l’essence même de ce qui me fait me lever le matin. Là où je me réjouissais, avant, de la présence d’ados dans nos murs, qui jouaient aux échecs, désormais les jeux ne sont plus à disposition, et les ados sont surveillés en permanence. On part de l’idée qu’ils seraient les moins disposés à suivre les normes sanitaires ; comme si les adultes, agressifs, vindicatifs, complotistes n’existaient pas. Ils existent, ils prennent de la place, et ce n’est pas très agréable. 

Moi qui voyais mon quotidien professionnel comme distribuant de la joie, me voilà servie. Bonjour, avez-vous lavé vos mains, pouvez-vous remettre votre masque, les retours seront en quarantaine trois jours, merci, bonne journée. C’est une drôle de chose que nous vivons, une époque déstabilisante et effrayante, au-delà de l’aspect pandémie d’ailleurs. 

On nous a cités comme essentiels en avril et, pourtant, au même titre que les autres services pour de vrai essentiels à la survie, pas de hausse budgétaire prévue, pas de moyens supplémentaires. Comme d’habitude, de la poudre aux yeux, électoraliste, politique, opportuniste. 

Sauf que, je ne sais pas pour vous, mais je commence à perdre l’énergie de fabriquer du convivial envers et contre le bon sens. Et encore, ma collectivité est plutôt prudente et généreuse concernant les nécessités sanitaires. Les médiathèques ne sont qu’une petite fenêtre sur ce que semble devenu le service public : pratique dans les discours, laudatif ou méprisant, invisible dans les tâches concrètes réalisées et la qualité fournie, variable d’ajustement. 

Si les médiathèques ont rouvert en même temps que les librairies, c’était pour le Livre, c’était pour les lecteurs. Ce n’était pas pour les usagers qui ont besoin des autres services. De la convivialité qui sort de la solitude, de l’ordinateur ou du wifi qui permet de remplir des déclarations administratives. Ce n’était pas pour les gosses qui viennent remplir des pages de coloriages à la sortie de l’école. Difficile d’y lire autre chose qu’un opportunisme classiste. 

En attendant, de notre côté, on peut pleurer la convivialité perdue. Et se demander : toutes ces personnes qui viennent, tous les mois, pour Pôle emploi, la CAF, les impôts, ou faire leurs devoirs en ligne ou parfois juste au calme, comment ont-ils fait depuis avril ? Comment font-ils depuis septembre et que tout a repris, presque comme si de rien ? Oui, les livres sont accessibles et nos actions culturelles le seront aussi, dans le respect des préconisations sanitaires en cours. Mais nos missions, quelles sont-elles désormais ? Dans l’océan de 2020, je ne cesse de les voir de plus en plus floues. 

Pour aller un peu plus loin… ou ailleurs :

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